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Il suffit d’une aiguille et d’un fil pour que la magie de la broderie opère…

Mais d’où vient ce terme qui a traversé les siècles jusqu’à notre époque sans prendre la moindre ride ? On raconte qu’elle fait son apparition depuis l’Antiquité, mais celle qui nous intéresse aujourd’hui existe depuis le XIII siècle en ornant des motifs décoratifs sur des tapisseries et vêtements sacerdotaux. C’est Catherine d’Aragon, épouse du roi d’Angleterre Henri VIII qui influence la mode en brodant sur des cols, manches et manchettes, elle gagne une telle popularité avec ses créations, que toute la Cour voudra l’imiter. C’est ainsi que plusieurs siècles durant, ces petites merveilles défilent dans le temps jusqu’à nous apporter le plus précieux des trésors : un savoir-faire.

C’est précisément ce secret historique qu’Alexandra Latour possède. Nous l’avons rencontrée dans son atelier de broderie d’Art situé au 7 rue des Taillandiers à Paris. Elle parle de son métier avec une telle passion, que nous avons souhaité mettre un coup de projecteur sur celle que nous pourrions appeler une Pénélope des temps modernes.  Cette charmante jeune femme issue de l’école Boule, dessine et brode des centaines d’heures à l’aiguille ou à la machine, dont la célèbre Cornely, inventée en 1860 pour accélérer les travaux de façon mécanique.

Fort de sa riche et grande expérience, Alexandra crée sa société en 2019 pour mettre à exécution ses compétences acquises dans de très grandes maisons telles que CHANEL, DIOR, LESAGE, SAINT LAURENT… La liste est longue…

À la veille de l’intelligence artificielle, du clonage ou mieux encore, de la téléportation, Alexandra met le point sur la table en défendant coute que coute ce pour quoi elle vit et aspire : l’histoire et le savoir-faire intemporel de cet art.

Quand tous les ateliers de broderie disparaissent au fil du temps, ne laissant qu’un sillage de notre patrimoine sur Wikipédia ou dans les musées, Alexandra s’accroche et se challenge en lançant un projet qu’elle-même trouve totalement fou.

Elle a l’ambitieuse idée de mélanger ses connaissances, sa créativité, sa passion, son talent, et son savoir-faire au service de son atelier de broderie en jouant avec les époques tel un anachronisme suspendu dans l’intemporalité.

Alexandra ne s’est visiblement pas perdue dans un labyrinthe d’insécurité, mais bel et bien aidée par le fil d’Ariane qui l’a guidée vers la lumière de la réussite. Elle lance un nouveau projet dénommé « La veste en Jean », pari original, inédit, ambitieux et engagé. Elle récupère d’ancien jean cent pour cent coton pour les recycler et coudre des broderies d’art sur certaines parties de la veste ; ainsi, la vulgarisation du denim disparait pour laisser place à une œuvre d’art. Chaque morceau de jean est assemblé symétriquement ou asymétriquement façon patchwork.  Elle échantillonne, dessine, cout, brode, sur tous les textiles, y ajoute, perles de jais, rocailles, strass, sequins, sertissures ; sa créativité n’a plus de limite. Les tissus dansent et voltigent dans son atelier, de l’organdi à l’organza, du cuir au denim, du tweed à la dentelle, rien ne résiste aux doigts de fée d’Alexandra.

Elle réalise des dessins techniques très complexes dont seules les maisons de luxe et de haute couture ont le secret bien gardé dans leurs tiroirs boisés. Toujours avec la même rigueur et exigence, elle enrichie les tapisseries de décorateurs et d’architectes d’intérieur. Les artistes, stylistes et créateurs font également appel à elle pour des projets hors du commun. La marque « LA VESTE EN JEAN » a gagné le label « fabriqué à Paris » et ne fait que s’accroitre depuis qu’une équipe s’est installée et qu’ Alexandra a formé dans les règles de l’Art.  Si vous aussi vous rêvez d’enfiler une veste unique et intemporelle rehaussée d’une broderie qui vous tient à cœur, l’atelier Latour est la bonne porte à laquelle il faut frapper.

Son histoire passionnante restera non pas gravée mais brodée au fil d’or sur un métier à tisser pour l’éternité.

Joanna Dijkstra

 

Article dans Faust Magazine numéro17 Lifestyle